Jour 72 – Châteaux de la Loire et psychiatrie

Après quatre mois et demi de voyage, je me demande souvent quelle nouvelle aventure va bien pouvoir me tomber sur le coin de la gueule pour que je continue à animer ce blog, et à essayer de vous tenir en haleine. Que les choses soient claires : les complications, je ne les cherche pas. Elles arrivent par hasard, sauf que moi je crois pas au hasard. Bref. Après mon étape berruyère, j’avais décidé de longer tranquillement les châteaux de la Loire afin de ramener quelques photos – rien de bien original, quoi.

Je commence par Chambord et réussit l’exploit de crever devant l’entrée du parc. Pile à l’endroit interdit au stationnement. La maréchaussée me fait les gros yeux mais un type s’arrête gentiment pour me donner un coup de main. L’avantage, c’est qu’on n’a jamais eu une aussi jolie vue pour changer une roue, depuis l’invention de la roue. En partant il me demande d’écrire sur mon blog que dans le Loir-et-Cher les gens sont solidaires. Ce qui est donc fait.

IMG_1776Chambord

Le deuxième château, c’est Nezha et Lucile qui vont me le faire visiter. Et ce château-là, vous ne le connaissez pas. Nezha m’a accueilli un peu au dernier moment, après l’épisode de la crevaison. Elle était fatiguée mais a senti que j’étais en galère, alors elle s’est un peu forcée. Nezha et sa coloc Lucile sont infirmières à la clinique de la Borde. Dans le château de la Borde. Elles me proposent de me faire visiter tout cela le lendemain.

PANO_20160329_172147La clinique de la Borde

Ce que je ne savais pas, c’est que la Borde est réputée mondialement dans le domaine de la psychiatrie, car emblématique d’un courant appelé psychothérapie institutionnelle. En gros, il n’y a pas de signe distinctif entre les soignants – les “moniteurs” – et les soignés – les “pensionnaires”. Et ce dont j’allais vite me rendre compte, c’est qu’il n’est pas facile de distinguer les uns des autres. Chez les pensionnaires, il y a ceux chez qui la folie est discrète, presque cachée, et il y a ceux chez qui cela saute aux yeux. Le souci c’est que celui chez qui cela sautait le plus aux yeux, j’ai appris à la fin de la matinée que c’était le psychologue en chef.

L’après-midi c’est la réunion du “Club”, une espèce d’assemblée générale rassemblant indistinctement moniteurs et pensionnaires. Les propositions fusent pour améliorer les installations et le fonctionnement du centre. Après ça je donne un coup de main à Lucile, qui assure le service au bar (sans alcool). Je discute pendant vingt bonnes minutes avec un mec passionnant, le genre de type qu’on peut croiser au détour d’un zinc et avoir tout de suite envie de lui payer une mousse. Sauf qu’à la fin de la conversation, le mec me lâche qu’il est interné là depuis dix ans. Je n’avais même pas envisagé l’éventualité ; pour moi, c’était un soignant.

PANO_20160329_145749La réunion du Club

Tout cela m’a réellement perturbé : où est la frontière ? Pourquoi suis-je dehors, pourquoi sont-ils internés ? Est-ce que l’on peut basculer, passer du mauvais côté de la barrière ? J’ai l’impression que certaines personnes que je connais ont au moins autant de problèmes que le pensionnaire avec lequel j’ai discuté au bar. Qu’est-ce qui a bien pu lui arriver pour passer dix ans de sa vie dans une clinique psychiatrique (même révolutionnaire) ?

Le lendemain, les châteaux de Chenonceau et d’Amboise me paraissent bien falots. J’ai encore en tête la journée de la veille, et les questionnements qu’elle a engendrés.

IMG_1782Chenonceau
IMG_1788Amboise

 

Jour 8 – Premières improvisations

Quand Hugo a formulé sa demande une fille a applaudi, mais personne n’est venu vers moi. Le type qui animait la scène ouverte a répété plusieurs fois durant la soirée que je cherchais un hôte, en vain. Alors Hugo a appelé Rémy, un de ses potes qui sortait d’un entraînement de hockey sur glace. Lui a accepté de m’héberger pour la nuit. Nous sommes partis dans sa coloc où nous avons discuté jusqu’à quatre heures du matin.

Depuis mon départ,  je suis assez impressionné par la bienveillance des gens que je rencontre. Je crois d’ailleurs que c’est ce que je suis parti chercher, un peu de chaleur humaine, quelques traces d’empathie. Hugo ne me connaissait pas il y a encore deux jours ; aujourd’hui il a encore une fois remué ciel et terre pour pour me trouver un nouveau point de chute.

C’est Lolita qui m’accueillera dans sa maison perchée au dessus de Narbonne. Sur ma route, je zigzague dans les tournants de la Montagne Noire. Les photos ne peuvent rendre hommage à l’immensité des paysages du Parc Régional du Haut-Languedoc, ni à la beauté du ciel vanille de cette belle journée d’hiver.