Jour 14 – À la recherche du pont du Gard

Mercredi 2 décembre. Je me réveille à Saint-Martin-de-Valgalgues, un village proche d’Alès. Claire et Manu m’y ont accueilli dans leur coquette maison de campagne. Lui est instituteur en zone difficile, comme on dit pudiquement ; elle est bénévole dans un centre Emmaüs en attendant de trouver un job dans le secteur social. En prenant le petit-déjeuner nous entendons la radio égrener les derniers rebondissements de l’affaire Valbuena, et râlons contre la vacuité des médias.
 
Hier j’ai accompagné Claire à son cours de flamenco, puis nous avons passé la soirée à jouer à des jeux de société : Manu pratique les échecs à bon niveau, c’est d’ailleurs dans son club qu’il a rencontré Claire. Avant tout cela j’avais partagé un thé avec Dimitri, animateur radio et militant contre l’homophobie. J’aime entrer dans l’univers de chacune de ces personnes, tous si différents, tous si éloignés du mien.
 
Après avoir pris congé de mes hôtes je mets le cap sur Avignon, ma prochaine destination. En chemin, j’ai prévu de m’arrêter faire une halte pour prendre quelques photos du pont du Gard, un monument qui a beaucoup hanté mon imagination. Mais tous les accès semblent payants : 10€ l’entrée, musée inclus. À l’heure où l’on dit que nous devons lutter contre la barbarie grâce à l’art et à la culture, je trouve étrange de privatiser ainsi un pan aussi important de notre patrimoine. Alors je décide de ne pas payer, et de faire avec les moyens du bord. Je repère sur mon GPS un petit chemin serpentant non loin du pont, et après un long détour j’engage ma Twingo sur le passage caillouteux. J’y vais à tâtons, reviens parfois en arrière ; mais quelques demi-tours plus loin, je semble approcher du but. Je me gare à côté d’un container couvert de tags, et commence à descendre sur un chemin entouré d’oliviers.
 
C’est parfaitement ridicule, mais j’ai l’impression de remonter vers la source du Nil alors que je suis bêtement en train de gruger l’entrée d’un monument historique en Languedoc-Roussillon. Enfin, je touche au but. Mes atermoiements auront tout de même eu le mérite de me faire arriver pour le coucher du soleil, et de donner ainsi un charme supplémentaire à ces photos.